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1 jour 1... lieu : Xanadu (Citizen Kane)

C’est dans les studios de la société de production RKO en 1940 qu’a lieu le tournage de Citizen Kane, durant quatre mois. A cela s’ajoute des mois de préparation pour le jeune Orson Welles qui s’apprête à signer son tout premier long-métrage à 25 ans et s’impose en tant qu’acteur, réalisateur, co-scénariste et producteur du film.

Malgré son inexpérience, ses exigences et son perfectionnisme, la société de production le suit et lui accorde un budget s’élevant à 83 015 dollars.


Au centre du scénario, Charles Foster Kane, aussi imposant que Xanadu, son château. Lieu de puissance, il apparaît comme une forteresse dans Citizen Kane.

Ce type de lieu est souvent repris dans la filmographie d’Orson Welles. Ce dernier s'attache à nous montrer davantage l'extérieur que l'intérieur.

C’est en ce lieu que se concentrent la vie, les secrets, les mensonges, les méfaits, les moindres détails d’une personnalité complexe. Il suit l’évolution du protagoniste ; Xanadu finit par être négligé et être vendu aux enchères avec la mort de Kane.

Il paraît inatteignable, comme nous pouvons le constater dans la scène d’ouverture sombre avec le portail à franchir avant d’accéder à la demeure. Sur cette séquence, la caméra filme l’élément du décor qu’est le portail (à gauche). A droite, pour faire figurer Xanadu, Kane et la production visuelle (Matte Artists : Mario Larrinaga, Chesley Bonestell & Fitch Fulton et Special Effects Cameraman : Russell A. Cully) ont recours au matte painting : on place devant la caméra (à droite) une plaque de verre avec la peinture du château.

Voici le résultat obtenu :



Cette méthode, dont le but était de créer et de visualiser des décors majestueux, surréalistes, répondant aux les exigences des réalisateurs, était autrefois utilisée manuellement (ex : Mary Poppins, King Kong, La Mort Aux Trousses, Le Bossu De Notre-Dame). Aujourd’hui, le matte painting numérique consiste essentiellement au montage photo de type Photoshop pour placer un élément devant un décor grandiose créé cette fois sur ordinateur.



L'inspiration de cet élément central dans le décor et dans le scénario provient de deux sources :

- D’une part, le scénario s’est construit autour d’une histoire vraie : celle du magnat de la presse William Randolph Hearst qui avait un château en Californie. Xanadu est, lui, situé en Floride. Cependant, le récit d'Orson Welles et sa critique vis-à-vis d’une élite mégalomane vise une généralité et non le magnat en personne, malgré ses multiples ressemblances avec le protagoniste Kane (possession de journaux, fortune, pouvoir). Il a en quelque sorte servi de prétexte pour représenter une image de démesure, de puissance, pour en étirer les traits et en tirer les conséquences.

- D’autre part, il semble que le réalisateur se soit également inspiré d’un poème de 1797 de Samuel Taylor Coleridge sur l'empereur Kubilaï Khan (qui peut faire penser au nom même de Kane), premier empereur mongol de la dynastie Yuan, au XIIIe siècle, et son palais, résidence d’été baptisée Shangdu située en Chine.


Outre le matte painting, un autre procédé est utilisé pour visualiser la bâtisse et le domaine dans le film : l'impression optique. La Truca, fabriquée en France par André Debrie en 1929, une tireuse photographique, permet de réaliser des trucages tels que des surimpressions (superposition de deux images), fondus, accélérés, ralentis, superposition de titres, division de l’image en plusieurs zones, split screen (division de l’image en deux). A cela s'ajoute également des décors miniatures animés en stop motion comme la vidéo le montre.


« In Xanadu did Kubla Khan

A stately pleasure-dome decree

Where Alph, the sacred river, ran,

Through caverns measureless to man

Down to a sunless sea. »


En Xanadu, Kubilaï Khan

Fit édifier un somptueux palais

Où le fleuve Alphée sacré rejoignait,

Au travers de cavernes incommensurables pour l’Homme,

Le fond de la mer sombre.


Kubilaï Khan, Samuel Taylor Coleridge