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The Grand Budapest Hotel (2013)

Un lieu exquis aux tourments cachés `


Wes Anderson nous livre une réalisation minutieuse à la croisée de plusieurs genres : comédie, aventures, burlesque, drame et policier.


Le récit est structuré sous la forme d’une mise en abyme et de trois formats différents : en 1.37:1 pour la période des années 30, en format large anamorphosé pour les séquences des années 60, et en 1.85 :1.

Le premier feuillet est celui du livre écrit par l’auteur, le second le récit anecdotique de l’origine de son livre en voix off, le troisième le récit fait par Zero Mustapha, ancien lobby boy de Mr Gustave. Ils s’agencent en montage parallèle.


La scène burlesque de l’auteur qui s’adresse directement à la caméra et perturbé par son petit-fils, explique calmement qu’il va raconter une histoire inattendue, et c’est le moins que le spectateur puisse se dire.

Les plans larges de l’hôtel, « cette vieille ruine », avec le funiculaire qui s’y rend, sont réalisés à l’aide d’une maquette. Certaines scènes sont tournées en stop motion, ce qui ajoute une dimension surréaliste mais aussi nostalgique.

On découvre ensuite l’intérieur : un lieu plutôt désert où les discussions se font rares, une salle de déjeuner immense pour très peu de convives et l’auteur plus jeune qui a le syndrome de la page blanche. C’est dans cette atmosphère qu’il rencontre Mustapha Zero : il va, par un flashback, lui raconter l’histoire de l’hôtel.


L’histoire est divisée en plusieurs parties (cinq), dont les titres sont écrits. Ceci rappelle la structure d’une pièce de théâtre et accentue la dimension irréellement spectaculaire du long-métrage. La première est consacrée à Mr Gustave, maître d’hôtel du Grand Budapest en 1932, interprété par le magnifique Ralph Fiennes, qui nous livre une interprétation sans faille. C’est quelqu’un de très apprêté, attentif aux moindres détails (remarque un vernis à ongles différent lorsque Mme D. est dans son cercueil) et qui charme avec les mots, féru de poésie. Malgré cela, il ne cache pas avoir des relations intimes avec de très vieilles femmes, il tient parfois un langage grossier qui contraste avec ses phrases délicieuses.


La fluidité du récit se traduit par une avalanche de travellings, avant, arrière, latéraux. L’utilisation de grands angles et la symétrie des plans ajoutée à celle de couleurs saturées, donnent un rendu très artificiel, mais pas superficiel.


En effet, une dimension historique avec un retour à la seconde guerre mondiale apparaît à travers de fins détails : Wes Anderson choisit d’aborder le thème très implicitement. D’ailleurs, aucun personnage ne dit vraiment les choses clairement à ce sujet. Les personnages parlent beaucoup, mais les aventures qu’ils traversent servent de prétexte, ils sont en fait très pudiques quant à la situation réelle dans laquelle ils se trouvent. Les panneaux « ZZ » affichés dans l’hôtel ne sont pas sans rappeler les SS des Nazis, les prisonniers rappellent les camps de prisonniers juifs, comme le suggère Dmitri (qui d’ailleurs fait penser au Hitler diabolique), Mr Gustave serait bisexuel et donc rappelle une des cibles de la haine des nazis, un titre dans un journal a annoncé que la guerre a commencé, et c’est ce jour-là que Mme D. est morte : son décès a entraîné toute une série d’évènements, de haines, de rapprochements, d’emprisonnements, de collaboration avec la chaîne des maîtres d’hôtel, au même titre que la guerre est un élément déclencheur de toutes sortes de tristesses, de drames, de fuites, de rapprochements d’individus, de solidarité.

Le réalisateur utilise cette pudeur pour entraîner une dimension nostalgique à travers des non-dits (Zero n’insiste pas sur ses sentiments, il pleure malgré lui mais ne s’étend pas sur des détails passés), plutôt que d’appuyer lourdement et explicitement sur des éléments qui rendraient le propos plus grave. De plus, la musique composée par Alexandre Desplat, divisée en thèmes, est délicieuse et presque cartoonesque car exotique et en décalage avec la réalité (utilisation de cymbalum, cithare, balalaïka, orgue, musique liturgique), et encore une fois, nostalgique. Ce décalage offre au public la possibilité d’un humour décalé.


Wes Anderson joue dans l’équilibre et la finesse : il utilise le burlesque notamment dans l’évasion des prisonniers qui semble tout à fait improbable, comme l’était celle des futures victimes de l’Holocauste. Il parvient d’une main de maître à nous plonger dans un univers où les détails, implicites, nous font oublier une sombre réalité.


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